Tous les culots semblent désormais autorisés pour assoir la domination de la force comme règle des rapports entre les nations et entre les individus.
La brutalité du retournement du gouvernement Trump contre l’Ukraine (et les Gazaouis) résulte d’une même conception des rapports humains et d’une convergence d’intérêts avec le régime russe : rien ne doit plus pouvoir entraver la prédation des richesses et du pouvoir par quelques-uns. Ni la démocratie, ni la dignité humaine, ni les droits des peuples, ni ceux des femmes ou des minorités ou la protection de la planète.
Cette offensive décomplexée, à l’œuvre aussi dans notre pays et dans toute l’Europe, provoque un écho inquiet dans nos vies et dans les comités De l’air ! qui continuent de se réunir régulièrement partout en France. Elle n’est pas seulement le fait de quelques individus, de puissances économiques, de partis, de médias et de réseaux sociaux engagés désormais massivement dans un véritable combat. Elle s’alimente du désarroi que suscitent parmi nous les changements qui bousculent des centaines de millions de personnes dans le monde. L’érosion de la puissance économique et stratégique occidentale face à des puissances comme la Chine avec ses conséquences sur l’emploi et les conditions de vie, les bouleversements technologiques du numérique, la remise en cause des places assignées aux genres et aux sexes, les migrations, les replis religieux, la menace climatique et contre la biodiversité : tout s’entrechoque. En suscitant des avancées mais aussi des peurs et finalement des réactions dont les régimes et les mouvements autoritaires savent se repaître. Avec un impact décuplé par certaines dérives des réseaux sociaux.
Le résultat est prévisible : la généralisation des violences entre les individus et les peuples. Il ne sera contrecarré que par l’engagement de chacune et chacun d’entre nous. Ce qui parait si loin est en réalité tout proche et à notre portée. Croire en être protégé est une illusion. Compter sur des appareils politiques au mieux dépassés serait pour le moins hasardeux. Nier ou mettre de l’huile sur le feu des malaises par d’incessantes provocations constitue une faute.
Le remède réside dans l’audace citoyenne. L’audace, car les défis qui s’accumulent comme autant de nœuds qui enserrent nos vies, suscitant colères, gâchis ou résignations, ne seront pas surmontés par des filets d’eau tiède ou de vieilles recettes. Citoyenne, car seul le rétablissement de notre capacité à faire le nécessaire pour vivre ensemble de manière apaisée offre une alternative au règne du chacun pour soi.
C’est la raison d’être de notre mouvement et des comités De l’air ! : offrir des lieux pour exprimer librement et écouter les réussites comme les inquiétudes, pour déminer toutes ces bombes à retardement. Pour avancer ensemble vers des solutions qui seront portées dans l’espace politique selon des modalités à définir collectivement.
C’est ainsi que non seulement nous résisterons au règne de la force la plus brutale, mais aussi que nous construirons ce qui nous tient ensemble, en paix.
Photo de Trump White House Archived sur Flickr
