Un peu partout s’installe un inquiétant esprit de confrontation.
Tout semble propice à l’affrontement, à la surenchère, à la caricature, à l’anathème. Qu’il s’agisse de politiques sociales, d’impôts, d’immigration, d’écologie, de rapports entre les femmes et les hommes, d’agriculture et d’alimentation, tout sépare et de moins en moins rassemble. Les réseaux sociaux, dont les apports positifs par ailleurs ne manquent pourtant pas, sont indissociables de ces dérives et de leurs manipulations à des fins politiques.
L’extrême brutalité des confrontations hors de nos frontières devrait pourtant nous mettre en garde. À Gaza, des massacres de masse contre les civils palestiniens font suite à la sauvagerie de l’attaque du 7 octobre contre des Israéliens. En Ukraine, les bombardements contre les civils ne connaissent aucun répit. En République Démocratique du Congo les habitants et notamment les enfants continuent à subir les pires exactions.
Les forces de résistance existent. La Roumanie vient de le démontrer. En France, quoi que l’on pense des choix retenus, un débat parlementaire respectueux a prévalu sur l’accompagnement de la fin de vie.
Mais celles et ceux qui semblent tentés par le règne de la force, contre les plus fragiles, par un pouvoir personnel sans partage, sont de plus en plus nombreux. Comme s’il n'y avait plus que cela pour régler tout ce qui nous tombe dessus, nous bouscule et nous déstabilise dans nos vies personnelles et collectives. Comme si le débat démocratique et un contrat social apaisé ne pouvaient plus fournir un cadre rassurant face à tant d’inquiétudes. Comme si, confrontées à nos fragilités et à des déclassements économiques, sociaux, culturels, nous recherchions une réassurance en nous imposant aux plus faibles.
Les cibles sont nombreuses : les jeunes délinquants considérés comme des sauvages, les prisonniers sommés de payer leur séjour, les étrangers vers Saint Pierre et Miquelon, les bénéficiaires du RSA enjoints d’en sortir sans plus tarder, les musulmans qui nous menaceraient d'une « submersion » intégriste, les juifs assimilés à la politique de l’actuel gouvernement israélien.
Tous sont déshumanisés dans une bascule du discours public qui s’étend au-delà de la sphère politique et médiatique pour s’inviter de plus en plus dans nos échanges quotidiens.
Les partis politiques classiques et leurs pratiques sont plus dépassés que jamais. Soit ils cherchent explicitement ou pathétiquement à attiser les confrontations dans l’espoir dévastateur d’en tirer avantage. Soit ils sont paralysés par les calculs d’appareils, les facilités intellectuelles et le dogmatisme.
De l’air ! ouvre un autre chemin, nécessaire, urgent, salutaire : des discussions a partir de ce que nous vivons, sans tabou, sur tout ce qui nous bouscule, dans les seules limites du respect dû à toute personne. La violence extrême de jeunes délinquants, la reconduite dans leur pays de certains étrangers, le bénéfice des aides sociales et le travail, l’intégrisme dans l’Islam en France, tout peut et doit être discuté dès lors que cela agite nos vies et la société. Sans stigmatisation, dans le respect dû à toute personne humaine, avec l’obsession de trouver des solutions communes.
Ce qui nous lie le plus profondément entre humains, et avec la nature, ce sont précisément toutes ces fragilités, ces insécurités personnelles et collectives, sociales, sanitaires, économiques, culturelles, dont personne n’est à l’abri. Pouvoir les exprimer, les entendre, les accepter, pour en prendre soin, c’est en réalité ce qui fait la véritable force, la cohésion d’une société.
À Nantes ce sont les menaces sur la démocratie qui occupent les membres du comité : les tentations anti-démocratiques mais aussi l’immobilisme face aux grands enjeux, la non-représentation de parties entières de la société, le poids de la technocratie ou des lobbys économiques. À Vannes, les réseaux sociaux et les médias sont questionnés et de premières propositions apparaissent pour une citoyenneté numérique. L’écologie est examinée, à Lorient sous l’angle de la consommation et à Paris 5ème sous celui des mobilités (avant le logement et l’alimentation) ; Paris Sud et Malakoff finalisent de premières propositions sur l’éducation ; Malakoff engage la réflexion sur l’accès à la santé et son financement ; à Paris Nord et à Fontenay sous-bois les incivilités et les anxiétés qui traversent la société occupent les discussions à Paris Sud, l’immigration ; à Dunkerque les difficultés à accepter les différences ; au Pellerin, les rapports entre les femmes et les hommes.
Ces fragilités il faudra en prendre soin collectivement. C’est notamment, mais pas seulement et donc dans des limites à discuter, la vocation de la puissance publique. C’est pourquoi nous mettons en discussion dans les comités la définition des marges de manœuvre économiques et budgétaires dans le contexte qui prévaut pour les finances publiques en France. Quelles priorités se donner ? Comment financer la protection sociale, la dépendance des personnes âgées, la transformation écologique, l’effort de défense ? Le Gouvernement y apporte ses réponses. Nous allons y apporter les nôtres, les vôtres. Tout comme nous allons mettre en discussion, à travers un « quizz » qui sera largement diffusé, ce que chacune et chacun d’entre nous est prêt à accepter du point de vue de la distribution des revenus au sein de notre pays – l’un des nœuds français dès qu’il s’agit d’impôt, de travail, de solidarité et de dépenses publiques.
À chaque fois apparaissent à travers ce que vivent les membres des comités et leurs dialogues avec des intervenants extérieurs, les fragilités individuelles et collectives : de générations, de pouvoir d’achat, de santé mentale, d’éducation, de pouvoir d’achat, écologiques, de sécurité, de mélange des origines, de relations entre les sexes. Là où tout donne lieu à confrontation dans l’espace public, nous avons fait le choix de la liberté et du respect mutuel. Nous avons décidé de prendre soin de nous-mêmes et de tous et toutes, pour faire de ces fragilités, de notre capacité à les exprimer, à les accepter, à y remédier, notre véritable force.
Photo de Jcomp sur Flickr
