Rester humains

Rester humains

C'est le sens qu'Alain a donné a la création d'un nouveau comité De l'air !, à Lorient il y a quelques jours. Et si c’était l'enjeu fondamental alors que s’accumulent les manifestations d'une déshumanisation qui grignote les esprits et les comportements ?

Le respect de la dignité humaine inspire encore tant de façons d’être et d’engagements dans notre pays. Mais les signes d'une déshumanisation rampante et décomplexée ne manquent pas. Cette agressivité entre automobilistes et cyclistes qui en viennent aux mains. Cette indifférence tandis que des étudiant(e)s sont contraints de recourir à des distributions alimentaires. Ces mises en cause des bénéficiaires des minima sociaux alors que monte la précarité chez les salariés et les indépendants. Cette violence extrême dans le trafic de drogue désormais partout en France. Cette mise en cause de l’immigration à Mayotte alors que les morts de toutes nationalités n’ont pas encore été comptés. Ce réflexe de fermeture aux réfugiés plutôt que de partage de la joie du peuple syrien enfin libre d'une tyrannie qui a broyé des centaines de milliers de personnes.

Qu’est-ce que ces comportements, ces mots, les nôtres ou ceux que nous laissons faire et dire en notre nom, disent de nous ? L’«ensauvagement» nous guette toutes et tous, individuellement et collectivement, et pas seulement ces jeunes délinquants prêts à toutes les violences.

Rien ne devrait nous éloigner de réflexes d’êtres humains : commencer, toujours, par respecter la dignité humaine. Il n’y a pas de baguette magique face à la précarité étudiante, sur les minima sociaux, l’immigration à Mayotte. Pas de tabou sur la violence sur la voie publique ou issue du trafic de drogue, ou sur la menace islamiste en Syrie. Mais le respect de la dignité, de l’humanité de chaque personne doit demeurer notre réflexe premier, vital.

Quoi de plus déstabilisant mais surtout de plus humain que nos fragilités individuelles et collectives ? Que nos difficultés - comme nos envies - nos peurs et nos rejets alimentés par tant de bouleversements intimes, économiques, sociaux, écologiques, géopolitiques ?

Les exprimer et les accueillir, c'est la vocation même des espaces de parole que constituent les comités De l'air !

En partant de ce qui est vécu par chacune et chacun et non des étiquettes que nous avons tendance à plaquer sur les autres. Pour fabriquer du lien entre nous, mais aussi avec la nature dont la vulnérabilité nous affecte désormais en profondeur. Sans jugements, sans leçons de morale, sans démagogie, en étant lucides sur les confrontations inévitables dans toute société – dès lors qu’elles restent civilisées -, en étant ancrés dans le réel, dans le possible et l’impossible à définir ensemble.

C’est ainsi que « nous faisons de la politique sans en faire » comme l’expriment nombre de participants aux comités, au moment où le blocage des appareils et des institutions politiques ne cesse de s’amplifier. C’est le moment pour chacune et chacun d’intervenir. Pour conjurer la déshumanisation. En êtres humains. De l’air !


Image par Lynda Smith de Pixabay

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